Premier jet de l’Échantillon K : Check !

Sonnez trompettes, résonnez clairons, j’ai enfin terminé la première version de mon second roman (le premier n’a pas encore été publié) : L’Échantillon K !
La bonne nouvelle, c’est que vous allez pouvoir participer à ce projet. Vous découvrirez comment en lisant cet article.

L’Échantillon K raconte l’histoire d’un père qui doit sauver sa fille de l’apocalypse. L’histoire porte une thématique forte, puisqu’il doit pour cela reconquérir sa légitimité de père à ses yeux.

Sept-11-Statue-of-Liberty-1Kaelyn Lenz est une jeune adolescente de 13 ans qui souffre d’une maladie orpheline. Dans sa prime enfance, les médecins pensaient qu’elle allait mourir. Mais elle a survécu. C’est peut-être pour ça qu’elle est si battante et si pleine de vie aujourd’hui.
Elle vit avec sa mère et son beau père Markus, un chercheur à la tête du plus gros laboratoire de New-York.

Gordon Szalinski correspond à l’archétype du chercheur dans la lune. Il vit seul dans son petit appartement de Brooklyn qu’il a transformé en laboratoire depuis qu’il s’est fait virer de la New York University.
Il ne voit sa fille que tous les trois mois. Même s’il tient à elle, les formules scientifiques qui régissent sa vie sont à l’opposé de son monde d’adolescente.

Mais le hasard va les rapprocher à nouveau.

Le jour où un phénomène inexpliqué s’abat sur New York, creusant des gouffres sans fond dans les avenues et faisant tomber les gratte-ciels comme des mouches, un concours de circonstances pousse Gordon à aller chercher sa fille.

Quel est donc la cause de ses effondrements qui peu à peu défigurent la mégapole ? Gordon parviendra-t-il à sauver sa fille de cette catastrophe ?
Vous l’apprendrez bientôt dans L’Échantillon K.
S
ortie prévue : été 2015.

Que me reste-t-il à faire maintenant ?
J’ai déjà réécrit plusieurs chapitres de ce roman, en particulier grâce aux retours de l’Académie d’écriture Anaël Verdier ainsi qu’à mon ami auteur Ostramus Epicron.
J’entre à présent dans une phase complexe : celle de parfaire le roman en pensant à tout avec finesse et application. Ce qui est assez drôle, c’est que j’ai déjà écris trois fins différentes. Les deux premières étaient très orientées action et « gros bras », et cela ne me convenait pas. Je me suis donc tourné vers une résolution d’ordre psychologique, qui me parait moins cliché, plus intéressante, plus riche puisqu’elle me permet de revenir au cœur  des personnages.

Je pense que je tiens désormais le « bon bout », mais je me suis rendu compte que je n’exploite pas forcément en profondeur les conflits que j’ai mis en place. Il va me falloir creuser la caractérisation de Gordon car je me rends compte que je ne le connais pas. J’ai enfin compris quelles sont les difficultés dont il souffre et qui le privent de s’épanouir et de se rapprocher de sa fille. Je vais donc me pencher sur sa personnalité pour établir quelles vont être les étapes par lesquelles il va devoir passer pour arriver à son objectif. Il me faudra ensuite les mettre en corrélation avec les épreuves qu’il va traverser au long du récit.
Enfin, il me faudra tester l’histoire sur des bêta lecteurs pour être certain que l’ensemble fonctionne. Je suis en effet bien trop pris dedans pour me montrer un tant soit peu critique !

Si vous êtes intéressés pour découvrir le début de L’Échantillon K avant sa parution, et si vous souhaitez me faire des remarques qui influeront sur l’histoire, n’hésitez pas, écrivez-moi à eric.costa.auteur@gmail.com !

L’échantillon K

De manière générale, un échantillon est une quantité représentative d’un élément. Ce mot est utilisé dans différents domaines :

— en statistiques, un échantillon est un ensemble d’individus représentatif de la population pour une étude,

— en chimie analytique, un échantillon est une quantité limitée d’un ensemble pour représenter et étudier ses propriétés,

— en musique, un échantillon est une séquence audio extraite d’un morceau de musique (sample),

— dans le monde de l’écriture, l’échantillon K est une histoire qui pourrait réellement arriver !

cropped-Sept-11-Statue-of-Liberty-1.jpgNew York, de nos jours.
Gordon Szalinski, ancien chercheur en chimie et prof désillusionné, s’apprête à donner un cours quand il apprend qu’un immeuble s’est effondré à Manhattan.
Il est encore plus touché en découvrant que le bâtiment en question est celui où vit sa fille Kaelyn, dont il n’a plus la garde depuis dix ans !
Alors que tout le monde fuit Manhattan où de plus en plus d’immeubles s’écroulent, Gordon a un pressentiment et part à la recherche de sa fille. Il pense tout d’abord à un nouveau 11 septembre encore plus meurtrier que le précédent. Mais à mesure que les heures s’égrènent, il est forcé d’admettre que les propriétés du béton semblent avoir changé à l’instar d’un étrange échantillon que lui avait apporté l’une de ses élèves.
Ce roman raconte l’histoire d’un père qui va plus loin qu’il n’a jamais été pour sa fille. Et plus loin encore quand il découvre qu’elle est au cœur d’enjeux qui menacent le monde.
La mégapole se retrouve en proie à la violence et au chaos. Gordon parviendra-t-il à comprendre ce qui se passe et à sauver Kaelyn ?

NY 2015

Gordon est un prof raté qui n’a plus aucun contact avec sa fille Manea, une jeune ado, depuis dix ans.
Un jour, une catastrophe s’abat sur New York : un immeuble de Manhattan s’effondre.
Sabotage ? Actes de terrorisme ? Nul ne le sait.

Mais lorsque Gordon apprend qu’il s’agit de l’immeuble de sa fille, il part à sa recherche au mépris du danger.

Autour de lui, d’autres immeubles s’effondrent. La poussière et le chaos envahissent les rues.

Pour avoir une chance de la sauver, il lui faudra reconstruire leur relation et être le père qu’il n’a jamais été.

Sept-11-Statue-of-Liberty-1
Je vous raconterai cette histoire dans mon prochain roman. Je travaille actuellement sur le scène à scène. Sortie prévue : été 2015.

Prochain roman : point d’étape

Gordon est un prof raté qui n’a plus aucun contact avec sa fille Manea, une jeune ado.
Ce jour là, une catastrophe s’abat sur New York : les immeubles de Manhattan se fissurent et s’effondrent les uns après les autres. La poussière et le chaos envahissent les rues.
Sabotage ? Actes de terrorisme ? Nul ne le sait.
Au mépris du danger, Gordon part à la recherche de sa fille. Mais pour pouvoir la sauver, il lui faudra reconstruire leur relation et être le père qu’il n’a jamais été.

Sept-11-Statue-of-Liberty-1
Je vous raconterai cette histoire dans mon prochain roman. J’ai travaillé l’an dernier sur la structure et le synopsis. Je travaille actuellement sur le séquencier. Sortie prévue : été 2015.

L’échantillon K : chapitre de l’incident déclencheur

L’échantillon K est bien parti pour sortir en juin 2015 ! Voici la V1 du premier chapitre entièrement rédigé. Enjoy !

Le soleil jaillissait en cascade dans la salle de cours. Gordon plissa les yeux et ouvrit les baies vitrées : un courant d’air frais souleva sa chemise. En bas, les élèves quittaient déjà le préau. Au-delà des bruits de circulation se dressait la silhouette haute et crénelée de Manhattan, qui s’éveillait peu à peu. Ses façades reflétaient la lumière éclatante d’un ciel sans nuage.
Gordon ferma les persiennes, s’appuya sur son bureau et patienta. Petit à petit, les élèves encore somnolents entrèrent et s’assirent.
— Vous avez pu regarder le morceau de béton que je vous ai donné ? demanda Kathy en s’approchant de lui.
— Oui, on dirait qu’il s’est décomposé. Je n’ai jamais vu ça. Je vais pousser plus loin mes recherches pour comprendre pourquoi.
— Merci, répondit l’adolescente en retombant lourdement sur sa chaise.
Les raclements de table se fondirent bientôt dans le brouhaha habituel. Gordon fit le compte des élèves : tout le monde était présent excepté Peter, le garçon qui avait quitté sa classe la veille. Pas étonnant. Gordon soupira et saisit une craie. Il s’approcha du tableau noir et écrivit : Molécules et atomes. Son introduction provoqua de nombreux bâillements, mais il se laissa happer par le sujet et finit par oublier totalement son auditoire. Certains l’observaient avec amusement, incompréhension… d’autres l’ignoraient.
Gordon fut soudain interrompu par la sonnerie de l’alarme incendie. Des cris s’élevèrent au-dehors. Les regards oscillèrent entre lui et la porte, perplexes. Gordon sortit et interrogea une fille qui traversait le couloir en courant :
— Un immeuble a explosé à Central Park ! s’exclama-t-elle, essoufflée.
Plusieurs élèves bousculèrent Gordon en s’échappant de la salle de cours. D’autres prirent les fenêtres d’assaut. Une étroite volute de fumée s’élevait dans le bleu profond, derrière les façades lisses des gratte-ciel.
— C’est comme le 11 septembre ! s’écria un adolescent.
— Mon père avait dit qu’ils allaient à nouveau attaquer ! s’excita un autre garçon, dangereusement penché au-dehors.
— Attention à ne pas tomber, avertit Gordon d’une voix que personne n’entendit.
Un groupe d’élèves murmura et pouffa en le regardant.
— C’est pas drôle, observa Kathy, juchée sur une table pour mieux voir. On a peut-être des proches ou des connaissances là-bas.
Gordon leva les yeux vers elle, et remarqua pour la première fois sa ressemblance avec Manea. Même taille, même âge, même façon de s’exprimer. Il repensa soudain à ce que lui avait dit John sur sa fille, trop souvent laissée à elle-même. Oui, on a peut-être des proches dans le coin, se répéta-t-il en sentant une étrange sensation naître au creux de son ventre.
— PAS DE PANIQUE, RENDEZ-VOUS TOUS DANS LA COUR POUR UN RECENSEMENT DES EFFECTIFS, lança la voix amplifiée du proviseur à travers le haut-parleur. LES PROFESSEURS SONT RESPONSABLES DE LEUR CLASSE.
Gordon parcourut la salle des yeux, mais plus de la moitié des élèves avaient déjà disparu.
— Kathy, demanda-t-il. Rassemblez le reste de vos camarades et emmenez-les dans le préau. Il faut à tout prix que je vérifie quelque chose.
La jeune fille l’observa d’un air étonné, puis obtempéra. Gordon s’élança dans le couloir en attrapant son cartable au vol. Il descendit les escaliers et, par malchance, bouscula le proviseur dans sa course. Il bredouilla de vaines excuses et gagna la salle des professeurs. Il se fraya un passage entre les élèves amassés là sans autorisation, s’avança jusqu’au poste de télévision et lut : FLASH SPÉCIAL : EFFONDREMENT INEXPLIQUÉ D’UN IMMEUBLE À CENTRAL PARK. Sous les lettres en capitales rouges s’élevait un monticule de gravats de la hauteur d’une colline. Des armatures nues et filiformes en dépassaient. On apercevait des civils pris en charge par des équipes médicales, ainsi que des pompiers à la recherche de victimes. On ne voyait pas de trace de feu, mais des vagues de poussière grisâtre étaient soulevées par le vent.
— C’est quel immeuble ? interrogea Gordon.
— Le Dakota.
— Le Dakota ? répéta-t-il, abasourdi.
Il repensa au moment où Manea y était rentrée la veille, et une boule de peur se forma dans son ventre. Son cartable sous le bras, il gagna la cour. Les professeurs faisaient le tour des troupes excitées et turbulentes. Kathy attendait auprès du reste de la classe de chimie. Gordon la gratifiait d’un signe quand le proviseur l’apostropha :
— Que faites-vous sans vos élèves ?
— Il faut que j’y aille… ma fille est à Manhattan.
— Votre fille ? s’étonna l’homme, l’air incrédule. Mais depuis quand avez-vous une fille, vous ?
— Je vous expliquerai… répondit Gordon en s’éloignant.
— Les rats quittent le navire, entendit-il en s’engouffrant dans la rue.
Gordon faillit rebrousser chemin, mais préféra remettre la discussion à plus tard.
À l’extérieur, la circulation semblait normale. Les gens poursuivaient leur vie comme à leur habitude, s’énervant pour des broutilles ou s’animant pour d’autres. Ils ignoraient sans doute pour la plupart ce qui venait de se passer. Gordon trottina jusqu’à la bouche de métro la plus proche et descendit les escaliers. En bas, un employé en costume sombre bloquait les tourniquets :
— Je suis désolé Mesdames, Messieurs, mais la circulation est interrompue à cause d’un accident à Central Park.
La foule, à la fois surprise et mécontente, assaillit l’homme de questions.
— Un immeuble s’est effondré. La direction a reçu ordre de stopper tous les trains. Ils craignent un attentat. J’en sais pas plus.
Gordon ressortit en jurant. Sans métro, Central Park était à plus de deux heures de marche. En outre, ce n’était pas un grand sportif, et même en courant, il mettrait au moins une heure pour atteindre le Dakota. Il s’élança malgré tout en direction de Manhattan, et se força à maintenir une allure rapide malgré ses poumons qui le brûlaient.
À bout de souffle, il s’arrêta quelques instants plus tard aux pieds de Brooklyn Bridge. Une foule s’était amassée sur les berges de l’East River. Touristes, badauds, employés de tout ordre se pressaient les uns contre les autres. Ils prenaient des photos et filmaient les gratte-ciel, au sommet desquels s’élevait un nuage grisâtre.
Gordon sortit son téléphone de son cartable et composa le numéro des renseignements pour contacter Markus Trent, en espérant avoir des nouvelles de Manea. Mais il avait beau se trouver au coeur de New York, le réseau ne fonctionnait pas.
Des véhicules de secours quittèrent soudain Manhattan, sirènes hurlantes. Gordon se précipita sur une ambulance bloquée par la circulation :
— Vous venez du Dakota ?
Le conducteur acquiesça.
— Vous n‘avez pas retrouvé une adolescente, par hasard ?
— Pas pour l’instant. Mais les recherches continuent.
Gordon s’avança vers la passerelle pour piétons en grimaçant. Elle crachait un flux ininterrompu de personnes qui discutaient de la situation en jetant des regards curieux derrière elles. Il croisa un groupe de jeunes recouverts de piercings, affalés contre un muret, occupés à débattre avec trois hommes d’affaires :
— C’est peut-être une fuite de gaz, observait l’un des businessmen. Les installations ne sont pas toujours aux normes dans ces vieux bâtiments…
— Fuite de gaz mon cul, répondit un jeune. J’dirai plutôt une bombe : c’est un coup des putains d’intégristes, mon pote !
— Vous n’avez pas entendu parler d’un avion qui se serait écrasé ? demanda une dame d’un air soucieux.
— Apparemment, non.
Une fois sur la passerelle pour piétons, Gordon dut se frayer un chemin à travers la marée humaine qui avançait à contresens. Il progressa lentement, et lorsqu’il parvint à mi-chemin, une secousse remua la chaussée.
Les gens se figèrent.
— Le pont s’effondre ! hurla un homme en poussant les autres pour rejoindre Brooklyn.
— C’est un tremblement de terre ! mugit une femme qui l’imita, un bébé dans ses bras.
Un second choc ébranla la passerelle, plus puissant que le précédent, et des individus furent projetés à terre. Un mouvement de panique s’empara de la foule qui se pressurisa en direction de Brooklyn. Interdit, Gordon fut à demi écrasé contre un mur. Il parvint à se hisser sur les haubans et échappa de justesse au flot tumultueux en grimpant sur un parapet. La vibration avait cessé, mais un nuage brunâtre attira son attention du côté de Wall Street. Une fumée dense et épaisse s’exhalait d’une rue de Lower Manhattan. En s’approchant, il comprit qu’un second immeuble venait de s’effondrer.
Une fois sur la rive opposée, Gordon s’élança vers Lafayette Street. Les visages affolés convergeaient tous vers Brooklyn Bridge, en courant pour ceux qui en étaient capables, en marchant ou en boitant pour les autres. Un jeune garçon avançait en clopinant, soutenu par deux personnes. Derrière lui, le mur de fumée gagnait les berges, haut de plusieurs étages, à la fois lent et inexorable. Les particules de poussières brunes et grises s’élevaient dans l’air, masquant peu à peu le ciel azuré. Des apparitions aux cheveux et vêtements noyés sous la poussière ressortaient du nuage comme ils seraient ressortis de l’Enfer. Leurs démarches étaient celles d’une armée d’automates voûtés, la mine déconfite, le regard perdu dans le vide. Gordon sentit ses poumons le brûler lorsque la fumée le recouvrit.
Il remonta Lafayette Street vers l’hôtel de ville. L’air y était plus pur. Il croisa plusieurs personnes escortées vers l’extérieur par la police. L’un des agents lui demanda où il allait, mais Gordon prétexta attendre quelqu’un, et poursuivit sa course jusqu’au parc de la mairie. Derrière les grilles, deux hélicoptères se posèrent dans un vrombissement qui souffla la poussière de l’avenue. Des individus en costumes et en tailleurs, encadrés par des policiers, abandonnèrent l’hôtel de ville et montèrent avec empressement dans les appareils.
Parmi eux se trouvaient le maire et ses adjoints.
Gordon s’éloigna, assourdi par le premier hélicoptère qui décollait. Il bifurqua dans une rue étriquée en direction de Broadway. Injures et coups de klaxon s’élevaient des véhicules immobilisés : camionnettes et voitures se pressaient vainement les unes derrière les autres pour fuir Manhattan.
À bout de forces, Gordon dut s’arrêter. Cela faisait déjà quarante-cinq minutes qu’il courait et il avait à peine parcouru la moitié du chemin. Il réprima un point de côté, se fustigea de ne jamais faire de sport, se désespéra de mettre autant de temps. C’est alors qu’il aperçut un parc à vélo qui lui donna une idée. Il s’approcha de celui qui présentait l’antivol le moins résistant. C’était un vélo de femme, mais ça ferait l’affaire. Il vérifia que personne ne l’observait, mais les gens avaient mieux à faire. Il sortit une pince de son cartable, et coupa l’un des maillons de l’antivol, à demi honteux de ce qu’il faisait. Libéré, il s’élança vers Central Park.
Les avenues se mirent à défiler à toute vitesse, le vent sifflant à ses oreilles et rafraichissant son corps transpirant. Dans les rues ne gisaient plus que quelques voitures abandonnées, ponctuées d’individus errants. Une multitude de feuilles de papier volaient en l’air. De lointaines sirènes de police troublaient le silence inhabituel.
Gordon aperçut les premiers arbres de Central Park se dessiner au loin. Soulagé, il accéléra de plus belle. Mais la route était barrée par un cordon de militaires équipés d’armes et de haut-parleurs, qui exhortaient les derniers passants à quitter Manhattan dans les plus brefs délais. EVACUATION GENERALE : DEUX bâtiments ONT ÉTÉ TOUCHÉS. IL EST POSSIBLE QU’IL Y EN AIT D’AUTRES ! DIRIGEZ-VOUS DANS LE CALME EN DIRECTION DE BROOKLYN ET DU QUEENS !
Plusieurs soldats exécutèrent de grands signes pour que Gordon s’arrête.
— Faites demi-tour immédiatement ! rugit l’un d’eux. Un nouvel immeuble risque de tomber. Le quartier est fermé jusqu’à nouvel ordre.
Gordon tenta de parlementer, mais en vain. La mort dans l’âme, il rebroussa chemin. Mais tandis qu’il s’éloignait, il trouva insupportable l’idée d’abandonner si facilement. Il enfourcha son vélo et piqua sur un côté du cordon en ignorant les menaces des militaires. Les soldats levèrent leurs fusils et tirèrent des coups de semonce. Gordon sentit son cœur enserré comme dans un étau. Il prit une grande inspiration et baissa la tête pour passer sous le fil rouge, puis pédala à perdre haleine en direction de Central Park.
Aucun soldat n’avait fait feu sur lui.
Gordon ne croisa plus personne jusqu’à la Huitième Avenue, à l’exclusion des rats ou autres animaux domestiques laissés pour compte. L’endroit était méconnaissable. Le parc encore si vivant la veille semblait désormais mort. Un peu plus loin sur sa gauche s’élevait une butte de gravats de plusieurs étages de haut, hérissée d’armatures métalliques coiffées d’un nuage de poussière sombre. Un groupe de pompiers était occupé à démonter du matériel aux pieds de leur camion. Gordon balaya la scène des yeux en se demandant s’il était au bon endroit, et aperçut le kiosque du vendeur de tee-shirts à l’effigie de John Lennon émerger des décombres.
Son cœur se figea. Il abandonna son vélo et fondit vers les hommes :
— Vous n’avez pas vu une jeune adolescente ?
— On n’a pas retrouvé d’adolescente.
— Elle est peut-être sous les gravats. Quelles sont ses chances de survie là-dessous ?
— La structure de l’immeuble peut permettre la formation de poches d’air, mais je dirais qu’elles sont faibles. J’ai dû faire évacuer un de mes gars à moitié écrasé par une poutre. On a besoin de nous pour un feu à Hell’s Kitchen. Ça a aussi pété par là-bas. On reviendra plus tard.
— Plus tard ? s’insurgea Gordon. Mais puisque je vous dis qu’il y a peut-être une adolescente dans les décombres ! Plus tard, ce sera trop tard !
Le pompier l’observa d’un air navré et lui tendit une feuille de papier froissée :
— Il y a également des enfants à Hell’s Kitchen, remarqua-t-il. On a fait tout ce qu’on a pu ici. Tenez, jetez un œil sur cette liste. Elle contient les noms des rescapés.
Gordon parcourut le document d’une main tremblante.
Nulle part ne figurait le nom de Manea.