Enquête sur la franc maçonnerie (6)

Dans le cadre de l’Académie d’écriture Anaël Verdier, il nous faut cette année écrire un recueil de nouvelles sous forme d’une série de quatre épisodes par saison.

Dans le cadre de mes recherches sur les sociétés secrètes, voici la suite de mon enquête sur la franc-maçonnerie.

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— Partie 6 : organisation des obédiences

Les obédiences maçonniques tissent entre elles des réseaux de relations mutuelles complexes, mais qu’on peut schématiquement regrouper en cinq types :
1. Obédiences régulières du groupe principal (mainstream) :
L’essentiel des francs-maçons du monde appartiennent aux obédiences de ce groupe.
Il est constitué par:
—    L’obédience la plus importante de chaque nation du Commonwealth et de chaque État des États-Unis et de chaque province du Canada.
—    Une obédience (pas nécessairement la plus importante) de chacun des pays où la franc-maçonnerie est représentée.
Les obédiences de ce groupe de reconnaissance mutuelle se disent toutes régulières. Inversement, elles déclarent parfois irrégulières toutes les obédiences qui n’appartiennent pas à leur groupe, sans prendre en considération la nature de leurs pratiques maçonniques. Les obédiences ainsi déclarées irrégulières uniquement à cause de leur non-appartenance au groupe principal partagent rarement ce point de vue.

Contrairement à une idée fausse assez largement répandue, il n’existe pas d’organisation centrale qui aurait autorité sur l’ensemble de la Franc-maçonnerie de ce groupe. Les Grandes Loges qui le composent, qui sont un peu plus d’une centaine, sont indépendantes, autonomes et souveraines. Chacune d’entre elles présente un caractère original, avec des particularités d’usages qui reflètent dans une certaine mesure la mentalité ambiante et les traditions locales. Mais toutes sont reliées entre elles par un consensus quant aux principes, usages, landmarks et règles qui constituent l’indispensable base de la régularité maçonnique.

Même la Grande Loge unie d’Angleterre, qui est la plus ancienne et la plus importante, avec ses quelque 600 000 membres, n’a pas d’autre action directe sur le plan international que celle d’accorder, refuser ou retirer sa « reconnaissance ». Mais le soin scrupuleux qu’elle met à respecter et à faire respecter les principes qu’elle a été la première à codifier, donne à ses décisions en ce domaine un poids et un prestige particuliers.

2. Autres obédiences régulières :
La règle qui fixe en principe à une seule obédience par pays ou État le nombre des obédiences pouvant appartenir au groupe principal a pour conséquence l’existence dans certains pays d’obédiences qui, tout en respectant les mêmes landmarks que les obédiences du groupe principal, ne sont pas reconnues par lui.
Le cas des obédiences noires américaines (dites de Prince Hall) est à cet égard exemplaire. Elles ne pouvaient évidemment pas être reconnues par le groupe principal à l’époque où les États-Unis pratiquaient la ségrégation raciale et leur reconnaissance progressive depuis le début des années 1990 par les Grandes Loges blanches américaines (dites caucasiennes) n’est pas sans poser un problème au regard de la règle d’exclusivité territoriale.

D’autres cas souvent mentionnés existent en France où coexistent plusieurs obédiences qui respectent les mêmes critères de régularité que les obédiences du groupe principal (plusieurs d’entre elles étant issues de scissions de l’obédience reconnue par le groupe principal), mais qui ne peuvent pas être reconnues par lui du fait de la règle d’exclusivité territoriale, ou à cause d’autres différends avec l’obédience reconnue par le groupe principal.
Il peut enfin exister des obédiences qui pratiquent tous les critères de régularité, mais qui ne souhaitent pas appartenir au groupe principal, par exemple parce qu’elles refusent de reconnaître les obédiences de ce groupe qui pratiquent la ségrégation raciale (aux États-Unis) ou religieuse (en Scandinavie). En Europe, onze de ces obédiences se reconnaissent entre elles au sein d’un groupe international d’obédiences dénommé Confédération des grandes loges unies d’Europe.

3. Autres obédiences traditionnelles :
On trouve aussi à travers le monde un certain nombre d’obédiences que l’on peut qualifier de traditionnelles mais non régulières. C’est en particulier le cas de toutes celles qui respectent tous les landmarks et critères de régularité, à l’exception de l’ancienne règle d’interdiction de la mixité, qu’elles considèrent comme une forme de ségrégation et qu’elle jugent dépassée.

4. Obédiences libérales :
On classe en général sous le nom d’obédiences « libérales » les obédiences qui ne se considèrent pas comme liées par les anciennes règles ou landmarks. C’est le cas en particulier de celles qui prônent une « absolue liberté de conscience ».
Globalement, il s’agit des obédiences ne ressortissant pas à la GLUA ou à une maçonnerie qui imposerait la croyance en un être supérieur dépourvu de la liberté d’interprétation qui s’y attache en qualité de symbole ; il convient de noter que depuis 1989 la GLUA n’impose plus la croyance en un Dieu révélé (proche de celui auquel se réfère l’Église).
Un assez grand nombre de ces obédiences se reconnaissent entre elles au sein d’un groupe international d’obédiences dénommé CLIPSAS.

5. Loges indépendantes, « sauvages » , « indépendantes » ou « clandestines » :
Il existe enfin un peu partout à travers le monde des loges qui ne souhaitent pas se fédérer au sein d’une obédience et qui conservent jalousement leur indépendance. Certaines d’entre elles sont anciennes et traditionnelles, d’autres peuvent être tout à fait récentes et avoir des pratiques si peu communes que les autres obédiences ne les considèrent plus comme étant maçonniques, ni dans le sens « régulier » du terme, ni même dans son acception « libérale ».

Il convient toutefois de distinguer une loge dite « sauvage » en ce qu’elle n’est reconnue par aucune obédience ou puissance maçonnique, d’une loge dite « indépendante » car reconnue par au moins une obédience ou puissance maçonnique tout en ne lui appartenant pas stricto sensu. Souvent dans un pays, une future obédience s’implante en créant d’abord une loge dite « pionnière » lui appartenant si elle est déjà internationale (GLUA / DH), ou une loge dite « indépendante » (et donc pas sauvage) si l’obédience qui la soutient n’a qu’une vocation « nationale », ce qui ne l’empêche pas d’apporter ce soutien à un « projet maçonnique constituant un apport au paysage maçonnique » de tel pays.

Une loge peut aussi être isolée, non soutenue, et clandestine, à savoir choisir de travailler dans la plus absolue discrétion, pour des raisons notamment de sécurité (pays où la liberté d’association est refusée – dictature).

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(source wikipédia)

Enquête sur la franc maçonnerie (5)

Dans le cadre de mes recherches sur les sociétés secrètes, voici la suite de mon enquête sur la franc-maçonnerie.

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— Partie 5 : la vie maçonnique

La vie maçonnique se déroule de septembre à juin7, en règle générale, avec ci et là des exceptions outre le principe de fêtes d’été où les membres ont ainsi l’occasion de se retrouver.

— Les grades maçonniques :   

La hiérarchie des francs maçons est de type initiatique. Elle inclut les grades d’avancement et les grades de perfectionnement.

La progression de l’initié s’accomplit en fonction des travaux maçonniques qu’il accomplit au sein de cette communauté et du jugement que ses pairs portent sur lui.

— Les fonctions: officiers de la loge :
Une loge est présidée par un Vénérable Maître (élu) qui dirige les travaux, secondé par un Collège d’Officiers. Certains Offices ne peuvent être remplis que par un Maître. Le nombre et la qualité des offices diffèrent selon les rites ; cependant on trouve toujours le « premier surveillant », qui a la charge de l’instruction des compagnons, et le « second surveillant », qui a celle des apprentis.

— Désignation des responsables :
Dans certaines loges, tout membre affilié depuis au moins six mois participe chaque année à l’élection des officiers et du vénérable maître, qui ne peut habituellement exercer son mandat au-delà de trois ans. Dans la majorité des loges cependant, les apprentis et les compagnons ne votent pas. Le droit de vote dépend également le plus souvent d’une assiduité suffisante pendant l’année.

— Tenue :
Une tenue de loge désigne une réunion rituelle qui en théorie, ne peut être ouverte qu’avec au moins sept membres. Certaines obédiences exigent dans ce cas qu’ils possèdent tous le grade de maître.

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Les tenues dites d’« obligation » ont lieu au maximum deux fois par mois et en principe le soir, elles durent environ trois heures. Les loges peuvent recevoir dans leur tenue des membres d’autres loges (visiteurs et visiteuses) de leur obédience mais également d’autres obédiences, si les deux obédiences sont convenues de conventions de reconnaissance mutuelle.

La loge peut aussi tenir des tenues « blanche » qui sont le plus souvent des conférences et qui peuvent être « ouvertes », ou le conférencier est un franc-maçon et l’auditoire ouvert également au « non franc-maçon (profane) » mais aussi « fermée » ou le conférencier est dit : « profane » et l’auditoire exclusivement composé de franc-maçons.

Il existe aussi des tenues particulières comme les tenues funèbres en cas de décès d’un membre de la loge et des tenues de banquet pour les fêtes solsticiales de la Saint Jean d’hiver et d’été. L’ensemble du déroulement de la tenue, comme des spéculations qui y sont menées, sont toujours codifiées selon le rituel propre à chaque rite.

Et vous ? Avez-vous des choses à ajouter sur la Franc-Maçonnerie ? N’hésitez-pas à commenter cet article pour nous faire part de la façon dont vous voyez cette organisation secrète.

Enquête sur la franc maçonnerie (3)

Au programme de l’Académie d’écriture Anaël Verdier, il nous faut cette année écrire un recueil de nouvelles sous forme d’une série de quatre épisodes par saison.

Dans le cadre de mes recherches sur les sociétés secrètes, voici la suite de mon enquête sur la franc-maçonnerie.

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— Partie 3 : Les hauts grades maçonniques

En franc-maçonnerie, les trois premiers degrés maçonniques constituent les grades fondamentaux. La franc-maçonnerie des trois premiers grades est dite « symbolique » ou « bleue ». À ces trois grades fondamentaux se sont ajoutés au fil du temps différents systèmes de hauts grades maçonniques facultatifs, pratiqués dans des ateliers de perfectionnement.

— Rappel historique :
À l’origine, la franc-maçonnerie ne comptait que deux grades : celui d’Apprenti et celui de Compagnon. Celui de Maître Maçon est apparu plus tardivement, vers 1725, à Londres.

À partir des années 1730, différents auteurs, pour la plupart en France et en Angleterre, écrivirent des rituels pour de nombreux grades additionnels censés continuer et enrichir la mythologie des trois premiers. Les historiens en dénombrent plus d’une centaine dans les années 1760, mais il faut relativiser ce nombre dans la mesure où beaucoup d’entre eux ne sont que des variantes les uns des autres ou furent rarement pratiqués.

Tous ces grades peuvent se regrouper en un nombre plus restreint de thèmes. C’est ainsi que se construisirent, à la suite de la légende d’Hiram, différentes séries de grades (grades de vengeance, grades chevaleresques, etc.) en un tout progressif et cohérent, et les principaux rites maçonniques à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle. Le plus pratiqué d’entre eux à travers le monde est le Rite écossais ancien et accepté qui emprunte à trois sources mythiques essentielles : l’ésotérisme chrétien, le compagnonnage et la chevalerie.

Par la suite, de nouveaux « hauts-grades », parfois structurés en « rites » indépendants, parfois intégrés dans des rites existants, ont continué à être rédigés, mais à un rythme beaucoup moins soutenu. C’est le cas par exemple du George Washington Degree écrit aux États-Unis à la fin du XXe siècle, ou du Rite opératif de Salomon fondé en France dans les années 1970.

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Les loges qui pratiquent les « hauts grades » sont distinctes des loges des trois premiers degrés. Elles ont différents noms variables selon les grades qu’elles confèrent, mais sont aussi désignées sous le terme générique « d’ateliers supérieurs » ou « ateliers de perfectionnement ». En règle générale, ces loges sont regroupées dans des ensembles distincts des obédiences (grandes loges ou grands orients) qui fédèrent les loges des trois premiers degrés.

Enquête sur la franc maçonnerie (2)

Au programme de l’Académie d’écriture Anaël Verdier, il nous faut cette année écrire un recueil de nouvelles sous forme d’une série de quatre épisodes par saison.

Dans le cadre de mes recherches sur les sociétés secrètes, voici la suite de mon enquête sur la franc-maçonnerie.

 

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— Partie 2 : le secret maçonnique

Qu’entend-on exactement par secret maçonnique ? Réponse en 5 points.

1. Le secret maçonnique dans le rite des anciens devoirs :
On appelle Rite des Anciens Devoirs la cérémonie de réception d’un nouveau membre dans la corporation des maçons en Angleterre et en Écosse selon les usages du Moyen Âge et de la Renaissance.

Cette cérémonie de réception comprenait trois moments successifs :
— Le nouveau membre posait la main sur le livre des Devoirs du métier, pendant qu’on lui donnait lecture des préceptes qu’il contient.
— Une brève exhortation solennelle suivait, exigeant du postulant le respect de ces règles.
— Un avertissement était enfin donné, exposant au postulant qu’il commettrait une grave faute, devant Dieu, s’il manquait à sa parole de respecter ces devoirs.

2. Le secret maçonnique dans le rite du Mot de maçon (vers 1630) :
Ce rite apparaît plus tard que le Rite des Anciens Devoirs. Par contre, le serment se faisait sur la Bible. Les plus vieux documents le concernant mentionnent un rituel qui consiste à recevoir en loge un nouveau membre en lui donnant une poignée de main pendant qu’on lui communiquait oralement le nom des deux colonnes du Temple de Salomon en référence au passage biblique de l’Épitre de Paul aux Galates rappelant l’échange des poignées de la main droite (main de vérité) entre Jacques, Pierre et Jean d’une part, et Paul de Tarse de l’autre.

Il met en place pour la première fois une transmission de signes, mots secrets et une poignée de main secrets.

3. Le secret traditionnel concernant les signes, mots et poignées de mains :
Le secret traditionnel concerne principalement les signes, mots et poignées de mains (signs, grips and words) qui sont spécifiques à la franc-maçonnerie. Il ne saurait concerner la totalité du symbolisme maçonnique, qui est souvent d’origine biblique et qui est largement connu du public.

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4. Le secret d’appartenance :
Le secret d’appartenance concerne le Frère. Un maçon est libre de révéler son appartenance (Xavier Bertrand l’a fait alors qu’il était ministre du travail). Par contre, un frère ne doit en aucun cas révéler l’appartenance d’un autre frère.

5.Le « secret par nature » :
Sans doute doit-on entendre par « secret par nature » l’incommunicabilité totale du secret de l’initiation qui doit être vécue. Seul ce vécu, cette expérience « intime », est « le » secret de l’initiation.

— Les divulgations :
Le secret maçonnique a été abondamment divulgué au public dès les origines de la franc-maçonnerie. On peut trouver différents documents qui l’attestent.
Cependant, bien qu’une grande partie des signes « secrets » de la franc-maçonnerie aient été révélés depuis ses origines, les francs-maçons ont toujours continué, dans tous les rites et loges du monde, de s’engager à conserver leurs secrets. L’un des « secrets » de la pratique maçonnique résiderait ainsi dans l’attitude même de continuer à les respecter.

— Controverses :
L’apparition des hauts grades maçonniques, à partir des années 1740, a relancé les controverses autour du secret maçonnique. On a vu en particulier apparaître à la fin du XIXe siècle la thèse, soutenue à la fois par certains francs-maçons et par certains anti-maçons, selon laquelle le véritable secret maçonnique ne serait pas celui exposé dans les diverses divulgations ou autres rapports de police et resterait ignoré de la plupart des francs-maçons eux-mêmes.

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Selon cette thèse, invérifiable par nature et très en vogue parmi les théories du complot, seuls les membres des plus hauts grades le connaîtraient.

(source wikipedia)

Enquête sur la franc maçonnerie (1)

Au programme de l’Académie d’écriture Anaël Verdier, il nous faut cette année écrire un recueil de nouvelles sous forme d’une série de quatre épisodes par saison.

Dans le cadre de mes recherches sur les sociétés secrètes, voici une enquête sur la franc-maçonnerie.

Franc maçonnerie

Franc maçonnerie

— Qu’est-ce que la franc maçonnerie ?

Le mot franc-maçonnerie désigne un ensemble de phénomènes historiques et sociaux très divers formant un espace de sociabilité qui recrute ses membres par cooptation et pratique des rites initiatiques faisant référence à un secret maçonnique et à l’art de bâtir.

Voici quelques définitions pour mieux comprendre :

— sociabilité : capacité d’un individu ou d’un groupe d’individus à évoluer en société, et à pénétrer au sein de nouveaux réseaux sociaux.

— cooptation, du latin coopatio, ou recrutement participatif : mode de recrutement consistant, pour une assemblée, à désigner elle-même ses membres.

— rite initiatique : celui qui reçoit l’initiation (du latin : initiatio, initiare, initium, commencement, entrée, introduction à la communauté spirituelle) est admis aux activités particulières d’une société, d’une association.
Le terme désigne aussi, de nos jours, toute procédure, action, passage, épreuve, qui transforme le statut d’une personne, social ou spirituel.
Depuis les mystères d’Isis en Égypte, ceux de Déméter à Éleusis en Grèce, jusqu’à la Franc-maçonnerie ou la Rose-Croix de nos jours, de nombreux bassins culturels ont mis en place des rites d’initiation.

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— secret maçonnique : le thème du secret est l’un des éléments essentiels de l’initiation maçonnique.
S’il existait très probablement, à l’époque des corporations de maçons, des secrets de métier que les professionnels s’attachaient à conserver, la franc-maçonnerie, devenue speculative en Angleterre en 1717 (c’est-à-dire philosophique en français), a toujours exigé de ses membres un engagement de garder secrets ses : signs, words and grips (signes, paroles et poignées de mains).
Bien que ces secrets aient été parfois en partie publiés et divulgués par des indiscrétions au public, en Angleterre comme en France, dès les années 1730, les francs-maçons ont toujours continué à les respecter et à s’interdire de les communiquer en dehors de leurs loges.
Progressivement, ce thème du secret a continué à se développer, et on distingue aujourd’hui différents aspects historiques, initiatiques, philosophiques et pratiques du secret maçonnique.
Nous verrons dans un prochain billet ce qu’on entend exactement par secret maçonnique.

Ressusciter les morts : les libations

Qui n’a jamais rêvé de ressusciter les mort ?!

La nuit des morts vivants, 1968

La nuit des morts vivants, 1968

Bon je reconnais que parfois, ça vire au cauchemar !…

Cependant, le film n’était pas encore sorti dans l’Antiquité. Et les libations étaient monnaie courante…

Une libation est un rituel religieux consistant en la présentation d’une boisson en offrande à un dieu, en renversant quelques gouttes sur le sol ou sur un autel :

Libation 480 BC

Les liquides offerts en libations étaient variés, le plus souvent du vin, du lait ou de l’huile d’olive. C’est une forme de sacrifice. Selon la mythologie, les morts peuvent reprendre vie lorsqu’on les évoque, en général par libation de sang.

J’ai repris cette idée pour ma nouvelle « Le Refuge » :

Sans qu’il en ait conscience, le protagoniste évoque son fils en effleurant l’amulette de ce dernier alors que le garde forestier qui se trouve à ses côtés fait couler le sang d’un lièvre :

— Je quitte le pays, répondit Alzius d’un air mélancolique.
— Vous quittez notre belle Transylvanie ?!… demanda Vlad en vidant le sang de l’animal dans un plat. Mais pourquoi ?
— Plus rien ne m’y retient depuis que j’ai perdu mon fils, expliqua Alzius en serrant une amulette d’argent, marquée de la lettre D, pendue à son cou. Je compte embarquer pour le Nouveau Monde.
— L’Amérique et ses belles promesses… soupira Vlad.

Sans qu’Alzius le sache, quelque chose exaucera le souhait de cet homme qui ne parvient pas à faire son deuil.

Ainsi, le refuge étant situé non loin de l’une des portes de l’Au-delà, son fils défunt ne tardera pas à apparaître…

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Enfant Blond, d’après Greuze

Les éléphants de DALI

 

Comme vous avez pu le constater, j’ai inséré plusieurs éléphants dessinés par Dali dans la couverture de la nouvelle « Hôtel Wolff » ainsi que dans celle du recueil « Réalités Invisibles » :

réalitéinvisiblelisbao

A bien y réfléchir, je trouve que le maître, qui m’a toujours fasciné, est parfaitement en adéquation avec le contenu de mes nouvelles fantastiques, étranges, voire surnaturelles.

Pourquoi les éléphants de Dali ?

Tout simplement parce qu’ils sont présents dans une peinture que Théophile Lazius, le protagoniste de l’Hôtel Wolff découvre à la réception. J’ai trouvé que c’était une métaphore intéressante de cette nouvelle.

En effet, les pachydermes arachnides datent de la fin des années 40. Ils sont inspirés d’une sculpture du Bernin qui se trouve au centre de Rome :

éléphant le bernin

Les éléphants représentés par Dali ont de longues, fines et fragiles pattes à plusieurs rotules. Elles symbolisent l’homme qui désire toujours plus, et qui cherche à s’élever vers le ciel. L’obélisque qu’ils transportent est un symbole de puissance et de domination (peut-être une références aux progrès technologiques de ces années là, notamment dans le domaine militaire).

Cependant, la réalité de la pesanteur retient l’éléphant de Dali au sol. Ainsi, les pattes sont comme étirées, témoin de la fragilité humaine.

L’homme est donc à la fois puissant et aventureux, mais il n’en demeure pas moins fragile et doit le garder à l’esprit pour ne pas faire d’impair…

J’ai trouvé que cette image des éléphants était une bonne illustration de cette nouvelle où Théophile est partagé entre ses pulsions, son plaisir et son envie de jouissance et la sagesse qu’il voit poindre au loin et qu’il n’a pas encore. Va-t-il faire le bon choix avant que ses jambes s’étirent au point de se briser ?!…
Cliquez sur la couverture si vous souhaitez découvrir cette nouvelle !

Bilbo le Hobbit, J. R. R. Tolkien, critique de la triologie The Hobbit

Le Hobbit, ou Bilbo le Hobbit est un roman de fantasy de l’écrivain britannique J. R. R. Tolkien. Il raconte les aventures de Bilbo (ou Bilbon), emmené bien malgré lui par le magicien Gandalf et une compagnie de 13 nains dans leur voyage vers la Montagne Solitaire, à la recherche du trésor gardé par le dragon Smaug.

Rédigé de manière intermittente de la fin des 1920 au début des années 1930, Le Hobbit n’avait à l’origine d’autre but que de divertir les jeunes enfants de Tolkien. Le manuscrit inachevé circule parmi les proches de l’écrivain et arrive finalement chez un éditeur londonien qui demande à Tolkien d’achever le récit et de l’illustrer.

Le Hobbit paraît en 1937 au Royaume-Uni. C’est la première œuvre publiée qui explore l’univers de la Terre du Milieu, sur lequel Tolkien travaille depuis une vingtaine d’années. Elle rencontre un franc succès critique et commercial, qui incite l’éditeur à réclamer une suite à son auteur. Cette suite devient le roman le plus connu de Tolkien : Le Seigneur des Anneaux, une œuvre beaucoup plus complexe et sombre. Le souci de cohérence entre les deux ouvrages pousse l’écrivain à procéder à des révisions du texte du Hobbit, concernant en particulier le rôle de Gollum, l’être qui a retrouvé l’Anneau de Sauron.

Pour moi, la couverture qui illustre le mieux l’histoire de Bibo est celle-ci :

biobo couvertureMa mère me lisait cette histoire lorsque j’étais enfant. Je suis très heureux que l’univers de Tolkien soit venu habiter mes rêves depuis lors.

Critique de la trilogie The Hobbit :

Le fait qu’un réalisateur comme Peter Jackson décide d’en faire une trilogie est une ignominie pour moi. Comment peut-on imaginer faire une trilogie telle que celle du Seigneur des Anneaux avec un livre qui en fait le tiers ?!

Je trouve que Peter Jackson ne respecte aucunement l’oeuvre de J. R. R. Tolkien. Tout n’est qu’une histoire de gros sous : en faire le maximum pour empocher le maximum. De fait , son équipe et lui-même ont dû arranger et compléter l’histoire, qui s’est éloignée du Chef-d’Oeuvre initial. Pour revenir à elle, ma mère est sortie de la salle de cinéma lorsque nous sommes allés voir ensemble le premier volet du Hobbit !

Je reprend l’univers de Tolkien dans la nouvelle intitulée Le Refuge :

 
Pitch :

Surpris par à la tombée de la nuit par une tempête de neige, Alzius quitte un sentier de montagne à la recherche d’un refuge. Pour y accéder, il doit traverser une passerelle de bois suspendue sur un gouffre sans fond d’où s’échappent des gémissements étranges… est–ce bien le vent qui les provoque ?

N’hésitez pas à aller la découvrir !

Cerbère, les Enfers, le Refuge et Tolkien !

Les Enfers sont gardés par un chien à trois têtes : le Cerbère, qui empêche tout mort d’en ressortir, et tout vivant d’y rentrer (hormis quelques héros).

cerbère vase antique

Héraclès contre Cerbère, 485 avant JC.

C’est ce qui m’a donné l’idée d’écrire Le Refuge :

Dans cette nouvelle, après s’être fait poursuivre par le Cerbère, Alzius se réfugie dans le chalet. Au petit matin, il a la confirmation qu’une énorme bête blessée a tenté de pénétrer dans le refuge :

Une fois réchauffé, il saisit le couteau de Vlad et sortit. Le ciel bas se confondait avec sol neigeux. Dans la glace se dessinaient des empreintes de pattes.
— Elles sont aussi larges que mes bottes ! observa-t-il avec stupéfaction.
Il inspecta la porte, légèrement gondolée, et décela des poils noirs accrochés dans le bois, ainsi que des traces de sang séché. Au-dessus de l’ouverture, il remarqua d’indéchiffrables inscriptions runiques, noircies au feu, évoquant la langue des druides ou le vieux gaélique.
Songeur, Alzius s’éloigna vers le gouffre aux aguets, le couteau brandi devant lui.

Heureusement pour lui, les inscriptions runiques inscrites au-dessus du cadre de la porte empêchent les morts et le Gardien de rentrer dans le refuge. Il s’agit de runes :

 

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L’alphabet runique ou Futhark — terme formé à partir du nom des six premières lettres de cet alphabet — était l’alphabet utilisé par les anciens peuples de langue germanique tels que les Anglo-saxons (vieil anglais) ou les Scandinaves.

J’ai voulu donner au Refuge un petit air de Tolkien ; de fraicheur enneigée de montagne et de nature regorgeant d’entités inconnues… n’hésitez pas à aller découvrir cette nouvelle !

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J. R. R. Tolkien et la pipe de Gandalf

 

La Métamorphose de Kafka : explications

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La Métamorphose, Kafka, 1915

Grégoire Samsa, dans sa période humaine, a toujours trimé pour faire vivre les siens. Du jour au lendemain, il est abandonné, méprisé, puis finalement oublié de tous.

On retrouve là une constante dans la thématique de Kafka : l’absence de signification de la vie.

Il n’y a pas de questions métaphysiques dans La Métamorphose. On voit juste ce qui est. Personne ne s’interroge sur le pourquoi scientifique de la métamorphose : elle est, tout simplement. Comme une fatalité qui peut vous tomber dessus à tout moment. On ne peut rien y changer et il est inutile d’en connaître le pourquoi.

Par conséquent, la vie, aussi absurde qu’elle puisse paraître, se doit d’être vécue comme elle est. Pour ce qui rejettent cette idée, il reste toujours la mort !…

L’élément fantastique inhérent à l’histoire de départ de La Métamorphose est très vite évacué dans un réalisme de l’absurde – autrement dit une partie de ce que l’on désigne fréquemment sous l’adjectif « kafkaïen ». Les personnages ne s’étonnent pas de l’état de Grégoire. Il les dégoûte mais ils l’acceptent. A partir de là, le fantastique n’est plus d’actualité. L’intrusion de l’élément surnaturel dans le quotidien est vécu comme quelque chose de naturel.

De là né un certain décalage, non dépourvu d’humour (noir, très noir, forcément), propre à la bibliographie de l’auteur, mais qui atteint son apogée dans La Métamorphose.
Sous ses apparences fantastiques, cette nouvelle n’est donc en fait qu’une allégorie, que le lecteur peut interpréter comme il veut.

Le handicap. La solitude. La routine. La culpabilité. La famille disloquée. L’insociabilité… Autant de significations potentielles à la métamorphose de Grégoire…

Le registre de la métamorphose m’attire énormément. J’en présente un volet dans la nouvelle Eclosion :

Pitch :
Ce week-end là, les parents de Marion sont absents.
La jeune fille se réveille dans leur grande maison isolée, avec en tête les dernières bribes d’un rêve étrange… une grosse chenille bleue qui rampait sur son bras.
Mais a-t-elle vraiment rêvé ?!

N’hésitez pas à aller découvrir cette nouvelle !